Rabie Kati, un Bacha libyen

Par Imane Brougi
Rabie Kati ©DR
Rabie Kati ©DR

Le célèbre acteur marocain Rabie Kati a marqué les esprits et les coeurs des téléspectateurs arabes, par son interprétation magistrale du rôle de l’emblématique leader nationaliste, Suleiman Bacha El-Barouni, dans le feuilleton libyen à succès «Azzaîmane».

Une participation remarquable et remarquée qui lui a valu le prix du meilleur premier rôle dans le Festival libyen «Septimos». Cette distinction, qui s’ajoute à une liste déjà bien garnie, réaffirme encore une fois le talent singulier et la très grande maturité artistique de Rabie Kati, cet acteur confirmé aux rôles distingués. 

Cette œuvre télévisée diffusée durant le mois de Ramadan 2020, jette la lumière sur une période de l’histoire de la Libye s’étalant entre 1887 et 1923 durant laquelle le colonisateur italien a envahi le pays. La série raconte une  tranche de l’histoire du nationalisme, du militantisme et du combat pour l’indépendance de la Libye.

Réalisé par le talentueux Oussama Rizk, ce feuilleton mêlant histoire et politique a été rehaussé par la participation d’une pléiade d’acteurs de différentes nationalités, notamment du Maghreb. Cette œuvre produite par Walid Lafi et dont le scénario et le dialogue ont été écrits par Izzat Chalabi et Ahmed Nabil, se veut un bel exemple de la coopération maghrébine en matière de séries télévisées, une façon pour unir à travers l’art un Maghreb déchiré par la politique. Dans les lignes qui suivent, Rabie Kati nous plonge au cœur d’une expérience maghrébine inédite. 

Maghreb 1: Que signifie pour vous la participation au feuilleton libyen à succès «Azzaîmane»?

 

Rabie Kati: C’était un grand honneur pour moi d’interpréter le personnage de Suleiman Bacha El-Barouni, ce grand leader libyen nationaliste, avec lequel j’ai tissé une relation émotionnelle. Cette expérience m’a permis de voyager à travers le temps et l’espace dans l’histoire glorieuse de la Libye. 

Il s’agit d’un homme de littérature et de science et un combattant aguerri pour la cause nationale: libérer son pays du joug du colonialisme et préserver la dignité nationale. Suleiman Bacha El-Barouni, cet homme politique arabo-amazigh libyen engagé, est l’une des personnalités les plus inspirantes dans l’histoire de la Libye.

C’est celui qui a guidé le mouvement d’émancipation contre la colonisation italienne pour unir le pays sous une seule bannière et préserver sa sécurité et sa stabilité. Il a passé sa vie entière à militer et à défendre l’identité et la cause libyenne tant au niveau interne qu’externe. Cette série est un hommage à un nationaliste hors pair qui s’est donné sans compter à un pays qu’il aimait jusqu’aux tripes, en sacrifiant pour l’unité et la stabilité de la patrie. Son nom marquera à jamais l’histoire de la Libye 

 

Comment est venu le choix pour incarner le rôle de Suleiman Bacha El-Barouni?

 

Le travail et le dépassement de soi sont le secret de toute réussite. Mes compétences, mon parcours artistique, ma maîtrise du jeu d’acteur,  mes outils et mécanismes de travail et ma capacité de se métamorphoser selon les personnages que j’interprète, ainsi que mon ambition de s’imposer et d’aller de l’avant, sont tous des éléments qui se sont réunis en moi pour que je sois choisi pour ce rôle par le talentueux cinéaste libyen, Oussama Rizk, qui a cru en moi et m’a donné cette opportunité pour mettre en avant mes compétences créatives.

 

À quel point cette expérience vous a rapproché du public maghrébin? 

 

Cette expérience a été une occasion idoine pour se rapprocher davantage du public maghrébin en particulier et arabe en général, puisque le travail était en arabe classique, une langue qui unit l’ensemble des peuples arabes du Machrek au Maghreb.

De même, ma participation à cette série m’a permis de travailler avec des acteurs de différentes nationalités, puisque le feuilleton a réuni plus de 250 acteurs du monde arabe.

 

Que pensez-vous des productions maghrébines communes?

 

Les productions maghrébines communes (séries, longs-métrages…) ont une valeur ajoutée pour le drama arabe. Ces œuvres brisent les barrières et les distances  entre les peuples arabes qui partagent plusieurs traits en commun, dont notamment, l’identité, la langue, la religion, les traditions et les coutumes...l’art  rapproche et unit les peuples et répare ce que la politique n’a pas réussi à faire.  

 

Quel est l’apport de cette série à votre parcours artistique?

 

Le feuilleton «Azzaîmane» est une plus-value à mon parcours artistique en tant qu’ acteur marocain et arabe. Ce travail m’a donné plus de visibilité à grande échelle et a boosté ma popularité en dehors des frontières.

L’incarnation d’une figure de proue du nationalisme libyen est une grande fierté pour moi, eu égard à sa place de renom sur la scène politique et du militantisme arabe.

 

Comment évaluez-vous les créations artistiques maghrébines?

 

Le drama télévisé marocain et arabe a franchi de grands pas et a connu une évolution remarquable notamment au niveau des techniques utilisées qui n’ont rien à envier aux créations artistiques mondiales.

Mais le grand problème se pose encore au niveau de la diffusion, ainsi que les scénarios qui manquent de créativité et d’originalité.

Durant les cinq dernières années, les créations télévisées et cinématographiques marocaines connaissent une vraie crise. 

Les thématiques abordées sont consommées et se répètent. Il y a une pénurie d’idées nouvelles qui captivent l’attention des téléspectateurs.

La meilleure illustration sont les séries ramadanesques, qui provoquent  souvent la déception à quelques exceptions. Les productions sont devenues fades et répétitives. 

 

Parlez-nous de vos projets futurs? 

 

J’ai plusieurs projets pour l’année 2021. Je travaille actuellement sur une série arabe intitulée «Ghassak» avec le cinéaste Oussama Rizk, en plus d’un long métrage appelé «Al Barouni» qui parle aussi de Suleiman Bacha El-Barouni. J’ai également deux séries télévisées qui seront diffusées sur MBC5, il s’agit de «Awlad Lâam» et «Isaalou domouîi» du réalisateur Ibrahim Chkiri.

Sur le plan national, j’ai une panoplie de séries télévisées programmées pour le mois de Ramadan, dont notamment, «Salef Adraâ» de Jamila Borji, «Ikhtiyarat» de Amine Mouna et «Nisf Al Kamar» de Jihan Al Bahr. Côté cinéma, je joue le rôle principal du film «Annizal Al Akhir» qui sortira bientôt dans les salles du cinéma.