Le Maghreb uni autour d'un bon couscous !

Par Imane Brougi
Couscous ©DR
Couscous ©DR

Les pays du Maghreb se sont réunis autour d’une cause commune: l’inscription du couscous, plat emblématique et identitaire du Maghreb, au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. Il semble que le couscous a fait ce que la politique n’a pas réussi à faire. Unir les pays maghrébins n’est pas une mince affaire !

«Les savoirs, savoir-faire et pratiques liés à la production et à la consommation du couscous ont fait leur entrée sur la liste du Patrimoine immatériel de l’Humanité, à l’occasion de la 15ème session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui s’est tenue en ligne du 14 au 19 décembre 2020. Un moment phare et rare ayant acté une «grande convergence» entre les pays du Maghreb. En effet, ces quatre pays maghrébins (Maroc, Algérie, Tunisie et Mauritanie) avaient soumis en 2019 un dossier commun pour l’inscription des savoirs, savoir-faire et pratiques liés à la production du couscous en tant que patrimoine universel. Cette inscription, portée d’une seule voix et d’une initiative unique, qui reconnaît la valeur du couscous et des savoirs qui l’entourent, incarne la coopération culturelle entre ces quatre pays qui partagent ce patrimoine culinaire.

 

Un patrimoine qui rapproche les peuples

 

Le couscous fait partie de la mémoire collective des Maghrébins. Il s’agit d’un plat vivant qui rassemble le Maghreb à travers l’histoire, le savoir-faire et les valeurs de transmission qu’il incarne. En dehors de son caractère culinaire proprement dit, le couscous est un ingrédient d’unification et un symbole parfait de convivialité, de vivre-ensemble et de partage.

Cette inscription commune d’un patrimoine partagé illustre combien le patrimoine culturel immatériel peut être un sujet sur lequel les États se retrouvent et coopèrent. Ce plat emblématique de l’Afrique du Nord jette des ponts entre les peuples et les rapproche à travers des pratiques et des savoirs qu’ils ont en commun.

Selon la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, cette inscription conjointe est une très belle réussite.

«C’est un signe fort de reconnaissance culturelle et c’est aussi un vrai succès diplomatique, sur un sujet si important et si symbolique pour les peuples de toute cette région, et bien au-delà», a-t-elle souligné, notant que ce consensus montre qu’un patrimoine culturel peut être à la fois personnel et exceptionnel, et transcender les frontières.

«Grâce à la coopération intermaghrébine, ce plat populaire est devenu universel en se frayant une place au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO», se sont réjouies les quatre délégations maghrébines à l’Unesco.

«Cette inscription constitue également un pas positif à même d’encourager davantage de coordination et de travail au sujet d’initiatives collectives concernant d’autres éléments culturels communs», ont-elles affirmé.

Pour les quatre délégations, «le symbolisme de ce plat en tant qu’élément du patrimoine populaire reflétant le style de vie et les dimensions sociales réside dans sa consolidation des liens culturels et sa contribution au renforcement des liens civilisationnels communs aux peuples de la région».

 

Aux origines d’un plat ancestral

 

L’histoire de ce plat, pièce maîtresse de l’identité culturelle maghrébine, est non seulement très ancienne mais aussi complexe et très variée. En dépit des thèses avancées, il demeure difficile d’être définitif sur son histoire, même si la plus répandue est celle qui atteste d’une origine amazighe. En effet, l’origine du couscous a été souvent attribuée, par les historiens et les chercheurs, aux Amazighes. Déjà, le mot «couscous» vient du mot amazigh «k’seksu» ou encore «seksu».

Un constat confirmé par l’historienne culinaire Lucie Bolens, qui avait décrit des pots primitifs de couscous trouvés dans des tombes qui remontent au règne du roi Massinissa, c’est-à-dire entre 238 et 149 avant Jésus-Christ.

«Cette région d’Afrique du Nord était particulièrement prospère et était considérée comme le grenier de Rome», dit-elle.

«Notre couscous n’est pas le fait du hasard, il est réellement né là où il devait naître. De la conjonction de l’histoire et d’un sol bien identifié, dans une sphère culturelle imprégnée d’anciennes civilisations – amazighe, phénicienne, romaine, arabe, andalouse… – liées à la mer, à la montagne, au désert et à tout un héritage mythique, dont les sources nous mènent jusqu’à l’antique Babylone», affirment pour leur part Hadjira Mouhoub et Claudine Rabaa dans leur ouvrage «Les aventures du couscous».

Il faut dire que les origines historiques du couscous sont sujettes à de nombreuses interprétations: origine amazighe, antique ou médiévale... Une chose est sûre, le couscous est né en Afrique du Nord avant qu’il ne soit répandu un peu partout dans le monde, à travers la migration des populations.

 

Un plat transgénérationnel

 

L’une des traditions culinaires ancestrales qui a pu préserver son cachet original jusqu’à nos jours, le couscous est un plat transgénérationnel. En effet, toutes les pratiques liées au couscous et toutes ses dimensions patrimoniales ont été transmises de génération en génération.

Femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, sédentaires et nomades, issus du monde rural ou urbain, sans oublier bien sûr la diaspora, le couscous accompagne des populations entières de la naissance à la mort (on le sert pour la naissance, mais aussi pour le deuil). C’est en cela que le couscous ne peut se résumer seulement aux mets emblématiques qui le composent : le couscous est bien plus qu’un plat, c’est un moment, des souvenirs, des traditions, des savoir-faire, des gestes...

Le couscous est un plat qui jalonne la vie des populations des pays du Maghreb, et bien au-delà : il n’y a pas un mariage, une fête, un deuil ou une réunion familiale sans couscous. Ce plat est un must absolu des familles maghrébines. C’est donc à la fois un plat de l’ordinaire et de l’exceptionnel, associé tant aux joies qu’aux peines.

Le couscous est fortement indiqué dans les rituels liés à toutes les étapes de la vie, aux traditions, aux célébrations, aux événements religieux, sociaux et officiels...

Tous ces aspects relèvent encore aujourd’hui de l’identité profondément ancrée dans l’histoire de tous les Marocains, plus généralement de toutes les communautés du Maghreb.

Plat de tous les temps, les budgets, les goûts et les saisons, le couscous reflète les plus grandes et les plus belles créations culinaires dans lesquelles les connaissances et les compétences traditionnelles se héritent de génération en génération.

 

Une chaîne de valeurs, de savoir-faire et de traditions

 

La préparation du couscous incarne et reflète des pratiques et des savoirs ancestraux transmis de génération en génération. Plat de réception par excellence, le couscous est principalement le symbole de convivialité, de commensalité, de générosité, de sacralité et, surtout, du partage, car le couscous est  fait pour être partagé. Il est systématiquement présent dans toutes les cérémonies familiales et sociales et nous rassemble tous, en dépit de toutes nos différences , autour de la même table.

Associé, depuis des siècles, à un ensemble de pratiques, de rituels, de savoirs et de savoir-faire, le couscous est un patrimoine culturel immatériel qui caractérise toutes les communautés du Maroc et des pays de l’Afrique du Nord. Le couscous est ainsi une somme de savoir-faire, non seulement en ce qui concerne la préparation et la consommation, mais aussi en ce qui concerne la conservation des systèmes de valeurs symboliques qui se rattachent au couscous. En effet, la spécificité de ce plat pas comme les autres réside en sa capacité extraordinaire de s’adapter et de préserver sa viabilité et sa pérennité en dépit des vents de la mondialisation et de la globalisation.

Un couscous, plusieurs préparations

 

Il n’y a pas un, mais des couscous, tout aussi savoureux les uns que les autres.  Il existe une infinité de recettes de couscous qui varient selon les régions, l’écosystème, les traditions, les cérémonies...  faisant du couscous un véritable plat miroir des sociétés où il est cuisiné.

Autour d’une base commune (semoule, une cuisson à la vapeur et une sauce), ce mets peut se déguster froid ou chaud, sucré ou salé, et même en dessert. D’ailleurs, il y a une multitude de variétés de couscous (aux légumes, au poulet, à la viande, à la tête d’agneau, au poisson, à la Tfaya, à la viande salée et séchée (Keddid)...

Ce plat généreux qui se décline de mille et une façons, témoigne d’une richesse culturelle des plus extraordinaires et d’une diversité culinaire unique des pays du Maghreb. 

Ses différentes méthodes de préparation retracent des siècles d’histoire, illustrent bien la magie de la cuisine et les voyages des humains et racontent tant sur la convivialité, le partage et le vivre ensemble.

Plus qu’un plat, le couscous est un ingrédient d’unification. Certes, chaque pays maghrébin a ses particularités culinaires, mais le couscous -le patrimoine ancestral- nous unit.