A la découverte du chef du premier orchestre mauritanien

Par Amadou Seck
Hadrami Ould Meidah DR
Hadrami Ould Meidah DR

Maghreb1: Qui est Hadrami Ould Meidah? Les lecteurs sont curieux de faire votre connaissance

 

El Hadrami El Meidah: El Hadrami El Meidah est un artiste musicien diplômé de l’institut des langues et des beaux-arts de Conakry République de Guinée, 1er chanteur puis chef d’orchestre du premier Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie.

 

Vous avez été un acteur privilégié des premiers pas de la musique dite moderne dans ce pays à forte culture artistique et même poétique. Quel souvenir gardez-vous de cette belle époque?

 

Je garde un souvenir énorme de ce temps charmant où l’Etat était en gestation et où l’effort de tous était réel et visible. Les soirées artistiques, les festivals culturels et les concerts de musique, tout cela faisait jadis, de notre pays un grand pays de culture riche dans sa diversité. A cette époque-là, notre devise était: nous n’avons pas le droit d’échouer.

 

D’une tradition séculaire, Harami Ould Meidah est issu d’une famille de griots, quelle est la signification réelle d’un tel statut au sein de la société mauritanienne?

 

Le griot dans notre région ouest -africaine n’a pas forcément la même fonction partout. Sa fonction est liée au pays qui lui donne ses attributions. Pour ce qui me concerne, je suis né griot Emiral, petit-fils de Mohamed Ould El Meidah, griot, ami et confident de Yeli Dioumbot Mbodj, reine du Waloo.

Autrement dit: Ely Ould Mohamed Lehbib le roi des Trarza. Mon père est un professeur de musique traditionnelle et de poésie. Il est compté au Trarza comme le plus grand guitariste (Tidinit) de tous les temps. Je suis fier de tout ça et sans complexe. On dit aussi que nous sommes les petits-fils de Koly Tengalla et cela aussi fait notre fierté, une origine peuhle.

 

Quels sont les souvenirs que vous gardez du cheminement qui a abouti à la création de l’orchestre national dont vous étiez le lead vocal et la véritable icône?

 

L’orchestre est né d’une demande faite à feu le Président Ahmed Sekou Toure, par son frère et ami feu le Président Moktar Ould Daddah pour la formation de jeunes mauritaniens en Guinée en vue de la création du premier orchestre national de la R.I.M et c’est ainsi que naquit notre orchestre.

 

En plus de votre position sociale qui prédestine à la musique, avez-vous appris cet art dans un institut moderne dans l’acception occidentale du terme?

 

La réponse est déjà donnée au début de cette interview: Institut de Langues et de beaux-arts de Bellevue Conakry. R.de Guinée.

Sous l’autorité des trois orchestres Nationaux Guinéens: Balla et ses Balladains, Keletigui et ses Tambourinis et le Bembeya Jazz National.

Pour la théorie musicale: Le professeur Kim Koun Song, recteur de l’université de Pyongyang prêté avec un autre professeur de musique, Kim Bion Song, à la Guinée pour assurer notre formation.

 

Quelles sont les racines de la musique traditionnelle maure? Ses liens avec celles des peuples voisins (Peuls, Wolofs, Soninkés, Mandingue?

 

La musique maure est un cocktail de musique africaine et de musique andalouse ou se mélangent mineur et majeur dans une harmonie mélodieuse véhiculée par des rythmes stridents encore au bonheur de l’Afrique.

 

Quel est l’état des lieux de la musique mauritanienne en 2021? Y a-t-il de nouveaux talents qui émergent? Quelles sont les contraintes et difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes musiciens?

 

La Mauritanie est pleine à craquer de jeunes talents qui peuvent constituer un avenir certain pour la musique mauritanienne, mais tout cela ne se fera qu’avec l’aide, l’organisation et l’assistance accrues de l’État, par le canal du ministère de la Culture engageant l’institut national des arts pour accomplir cette mission. Recréer l’orchestre National, mettre sur pieds un ensemble instrumental de musique traditionnelle, ouvrir avec de jeunes talents une école de musique moderne, créer une troupe populaire (Chœur et Ballet) et ça sera le début d’une grande révolution culturelle et artistique en Mauritanie.

 

Le gouvernement vient de créer un Institut National des Arts (INA) dont vous assumez les fonctions de Président de Conseil d’Administration. Quel pourrait être l’impact de l’avènement de cette nouvelle institution dans le développement des arts en général, et tout particulièrement de la musique?

 

L’institut national des arts (INA) a été créé pour mettre en valeur notre patrimoine culturel afin qu’avec nos beaux-arts revus et réhabilités notre pays retrouve sa place de jadis dans la région ouest-africaine et nord-africaine (Maghreb).

Il pourra réussir cette mission si les conditions sont réunies avant son inauguration prochaine, doubler le budget de l’institut, revoir la grille salariale...

 

Avez-vous des relations avec le milieu de la musique au Maroc, ou simplement des collègues marocains, spécialistes de cet art?

 

J’ai beaucoup de relations avec les artistes du Maghreb et de partout dans le monde. D’ailleurs une partie de notre famille est toujours au Maroc. J’étais au festival Panafricain d’Alger en 1969 comme chanteur vedette de l’orchestre National, en Tunisie en 1973 au festival de la Jeunesse Panafricaine avec mes chanteurs révolutionnaires. On avait la note 10/10 et la Mauritanie et le Zaïre étaient invités par le Président Bourguiba à Monastère. Deux semaines après Tunis, la photo de Nelson Mandela était sur mon sombrero dans tous les journaux de Berlin. La photo la plus vue de tous les festivaliers de Berlin au Festival Mondial de la Jeunesse et des étudiants. Voici pour votre revue une partie de ma vie. Ah, j’ai une pensée pour une très grande vedette de la chanson marocaine, mon très cher frère Abdelhadi Belkhayat. Qu’Allah lui donne longue vie et le préserve.