«Heliopolis», l‘Algérie rebelle

Par Boutaina Rafik
Affiche du film Heliopolis ©DR
Affiche du film Heliopolis ©DR

Pour tous les amoureux des films d’histoire qui racontent la quête d’indépendance des pays, Heliopolis, un film proposé aux oscars, dans la catégorie du meilleur long métrage international, peut être un objet de curiosité. Maghreb 1 vous livre sa critique.

Les films arabes et maghrébins ayant traité du sujet de l’indépendance sont nombreux mais Heliopolis est différent. Ce long-métrage proposé aux oscars, dans la catégorie du meilleur long métrage international (film non anglophone), nous met face à une dualité père-fils.

D’un côté, Mokdad Zenati, propriétaire de terres agricoles et fils d’un assimilationniste, un mouvement prôné par la France coloniale et qui suppose l’abandon de tout élément de la culture originelle de l’étranger qui doit se fondre dans la communauté d’adoption, de l’autre Mahfoud, son fils, aux idées anticolonialistes et indépendantistes.

Tout semble commencer normalement avec une cohabitation paisible entre Européens, juifs et musulmans d’Algérie. C’est quand Mahfoud, brillant élève, se voit refuser l’accès à l’école polytechnique à cause de son statut d’« indigène » que tout bascule.

Mahfoud, interprété par Mehdi Ramdani, rejoint le courant politique des « Amis du manifeste de la liberté » (AML) de Ferhat Abbas qui commence à développer des idées indépendantistes et signe, par cet acte, la rupture avec son père. Les idées de ce mouvement s’expriment au grand jour le 5 mai 1945 alors que la majorité des familles algériennes fêtent la victoire des alliés de la France, des jeunes Algériens brandissent le drapeau national dans une marche interdite à Héliopolis (à 5 km au nord de Guelma).

Heliopolis est un film qui raconte également les violences perpétrées par l’armée française. Selon les chiffres officiels algériens, plus de 45 000 Algériens et 102 Européens ont perdu la vie.

Ces scènes de violences et d’humiliation sont reproduites dans le film, ponctuées par la beauté saisissante des paysages d’une Algérie qui étouffe.

Ce n’est pas seulement la beauté du pays qui attire l’attention des spectateurs, c’est également le choix des lumières et des costumes.

 

Heliopolis met les dialectes à l’honneur

A travers son film, Djaafar Gacem, connu comme réalisateur de séries télé à succès, s’attarde sur l’évolution psychologique des personnages. 

Il ne s’agit plus de l’éternelle dualité héros/traîtres mais plutôt d’une quête personnelle adossée à des réactions qui évoluent aux gré des événements.

« J’ai fait le choix de maintenir la différence dialectale afin que tout Algérien puisse se reconnaître », souligne le réalisateur Djaafar Gacem dans une conférence de presse. Les acteurs du films qui sont en majorité nouveaux viennent de plusieurs régions d’Algérie et ont chacun joué dans leur dialecte. L’idée étant de montrer la diversité du pays et donner à chacun la chance pour briller.

Aussi, le réalisateur a opté pour une expression langagière à mi-chemin entre le dialecte de l’époque et celui d’aujourd’hui afin de faciliter la compréhension au public et surtout l’identification de chacun au film. Produit par le Centre algérien de développement du cinéma (CADC) et Prod’Art Films, le film est inspiré des faits réels de l’époque et rend hommage aux milliers de morts de cette répression.

Récemment, le réalisateur a affirmé que son film a été retiré de la liste des œuvres éligibles à concourir au prestigieux prix des oscars à cause des reports incessants de sa projection en salles. Toutefois, Djaafar Gacem a introduit une demande exceptionnelle auprès de l’académie, afin de permettre à son film de concourir à nouveau l’année prochaine.

«L’académie des Oscars nous a accordé cette faveur. Ils nous permettent de recandidater en 2022», a-t-il affirmé.