«Dima Punk», «Vivre libre ou mourir» !

Par Amine Harmach
Dima Punk ©DR
Dima Punk ©DR

Un regard bienveillant pour un jeune atypique, plein d’énergie, de rêves et de créativité. C’est ce qu’offre le documentaire «Dima punk» de  Dominique Caubet, diffusé fin 2020 sur 2M, dans l’émission «Des Histoires et des Hommes». 

Stof, à proximité du panneau stop, s’affaire, vêtu d’un gilet jaune, à griller des têtes de moutons de l’Aid Al Adha et à vendre des cigarettes au coin d’une rue du quartier Sbata, un des quartiers populaires emblématiques de la périphérie de Casablanca. 

Cette image pleine de symboles ouvre le premier documentaire réalisé par Dominique Caubet. À 70 ans, la linguiste française spécialiste en darija signe «Dima Punk», un film documentaire où elle suit, sur une période de près de 10 ans, le parcours de Mostafa, un jeune qui en impose par sa tchatche en darija, son look haut en couleur et sa crête iroquoise à laquelle il tient plus que tout, quitte à abandonner l’école. 

 

La liberté ou la mort !

 

«Vivre libre ou mourir», telle est sa devise, dit-il dans ce film tourné en grande partie en marge de différentes éditions du festival L’Boulevard (2010 et 2015). On y voit Stof danser avec fougue aux côtés de ses semblables, des jeunes fans de musiques urbaines aux styles décalés. Le visage juvénile de Stof se transformera au fil des années et des désillusions. Les gilets qu’il confectionnait avec beaucoup de talent pour les vendre aux festivaliers ou artistes ne trouveront pas acheteurs. À défaut d’être accompagné, canalisé, encadré, Stof s’isole, sombre jusqu’à avoir des déboires avec la justice. 

Dominique Caubet le confronte à d’autres regards, d’autres façons de voir le monde, notamment l’œil du photographe Youssef Ouechen. 

«Assume qui tu es. C’est à toi de changer les gens autour de toi, non à eux de te changer», disait-il au tout début du film, dans un darija approximatif mélangé à du français à l’adresse d’un jeune Stof perplexe et méditatif.

 

Le paraître aux dépens de l’être?

 

On cite aussi Youssef Orland, un jeune rasta qui, lui, a eu la chance de terminer ses études. «J’ai fini par comprendre que chez nous au Maroc et dans tous les pays de l’Afrique du Nord en général, les gens accordent plus d’importance au paraître aux dépens de l’être», déclare-t-il à Stof. Et d’ajouter: «J’ai eu la chance de rencontrer des gens différents de moi et qui ont le désir de bien vivre au Maroc». Des paroles parmi tant d’autres qui résonneront dans l’esprit rebelle et tourmenté de Stof. 

En braquant les caméras sur Stof, Caubet donne à voir une jeunesse désireuse de s’exprimer, assoiffée d’ailleurs. Mais une jeunesse qu’on refuse de voir. Une jeunesse considérée comme une bombe à retardement par plusieurs rapports officiels. Le dernier en date est celui publié récemment par l’Observatoire national du développement humain (ONDH), relevant de la présidence du gouvernement, qui a révélé que sur 6 millions de jeunes âgés entre 15 et 24 ans, le pourcentage de jeunes qui ne bénéficient pas d’éducation, de travail ou de formation était de 28% en 2019, soit environ 1,7 million de jeunes hommes et femmes.

Classée dans la catégorie «NEET», qui signifie «Not in Education, Employment or Training» (ni étudiant, ni employé, ni en formation), cette catégorie comprend les jeunes qui ne poursuivent pas leurs études, ne bénéficient pas d’une formation et ne sont pas sur le marché du travail, ce qui signifie qu’ils ont du mal à trouver une place dans la société.

Mais Stof est déterminé, il a du talent. Il crève l’écran. Il a obtenu un petit rôle aux côtés de grands acteurs marocains dans la série «Oulad El Mokhtar» de Rita El Quessar, diffusée en 2020 sur la première chaîne. Il tente aussi de se frayer un chemin dans la musique. Son groupe de punk essaye de répéter tant bien que mal au sein du centre culturel des étoiles de Sidi Moumen. «Dima Punk»!

Le film de Dominique Caubet est disponible en vidéo à la demande (VOD) sur vimeo.com.