Chronique du mercato maghrébin

Par Anouar Afajdar
Un Maghreb débordant de talents ©DR
Un Maghreb débordant de talents ©DR

Des fois, c’est loin (très loin) de sa propre maison, qu’une auréole de gloire très pure entourera sa tête... à jamais. Cette règle trouve pertinemment sa place dans le monde du football alors que l’anthologique Diego Maradona rebaptise l’historique stade San Paolo de Naples en son nom, quand le phénoménal Lionel devient le Messie du Camp Nou et où la machine Cristiano Ronaldo fait d’Old Trafford à Manchester et du Santiago-Bernabéu à Madrid ses propres forteresses. Il ne manque que le légendaire Pelé (FC Santos/Brésil), à cette liste, beaucoup plus exhaustive. 

Du côté des entraîneurs, il s’agit aussi de la même liaison heureuse: Johan Cruyff fut l’architecte du fameux style du FC Barcelone, Zinédine Zidane a remporté trois ligues de champions de suite avec le Real Madrid, José Mehdi Faria a fait  du Maroc de 1986 la première sélection arabe et africaine à atteindre le second tour du Mondial et Faouzi Benzarti a conduit le Raja de Casablanca vers la finale du Mondialito 2013, écartant à son passage l’Atlético Mineiro du magicien Ronaldinho.  

Ainsi, cette touche apportée par le vétéran tunisien «le Cheikh des entraîneurs africains» au Raja de Casablanca et, ensuite, à son frère-ennemi, le Wydad et dont lui seul a le secret, explique à bien des égards, la place de choix qu’occupe désormais le mercato intra-maghrébin dans les agendas de toutes les équipes de la région.

L’essor du mercato maghrébin

 

Pas encore si impressionnant que chez les équipes d’Europe ou d’Amérique Latine, le marché de transfert, aussi bien des joueurs que des entraîneurs, entre les formations maghrébines, gagne, crescendo, de la place dans l’industrie footballistique et dans le style du jeu des équipes de la région. A en juger par les belles performances de Mouayad Ellafi et Sanad El Ouarfali avec le WAC et le RAJA. Bien avant les deux Libyens, d’autres joueurs avaient gagné leurs lettres de noblesse au sein de clubs maghrébins, en l’occurrence un certain renard de surface nommé, Abdeljalil Hadda, alias Camacho. L’ex-international marocain, ancien joueur de la belle époque du CODM, avait signé un passage inoubliable dans les rangs du Club africain (CA) tunisien, tout comme son compatriote Mustapha Bidoudane. Des années après, Hicham Aboucherouane avait gratifié le public de l’Espérance de Tunis avec ses œuvres dessinées par son pied gauche, pas comme les autres. Au passage, «Boucha» avait remporté la Coupe de Tunisie en 2008.

Badou Zaki avait également pris les commandes du club algérien du CR Belouizdad, avec qui il remporte la Coupe d’Algérie 2016-2017. Le même club sera dirigé ensuite par son compatriote Rachid Taoussi qui a également été nommé entraîneur de l’Entente de Sétif (ESS).

De leur côté, Abdelhak Benchikha, Anis Saltou, Hamza Yacef, Rabah Saâdane, Adel Chedli, Chérif El-Ouazzani, Benbella Benmiloud, Abdesslam Benabdellah... ont, tous, fait le chemin inverse pour graver leurs noms en lettres d’or dans les annales du ballon rond marocain.

Pour les férus de l’analyse tactique d’avant et d’après match, ces va-et-vient dénotent d’une certaine similitude entre les structures «générales» des plans de jeu entre les championnats maghrébins. Pour d’autres, il en ressort que la balance entre joueurs «importés» et joueurs «exportés» n’est pas, ou n’est plus, équilibrée.

A ce sujet, le vétéran marocain du journalisme sportif, Amine Birouk indique que ce marché de transferts a pris naissance il y a longtemps, mais il a commencé à se cristalliser à partir des années 1988, 1989 (fondation de l’Union du Maghreb arabe).

Des transferts dans un sens unique?

 

Par rapport au football national, ces transferts sont désormais souvent faits dans un sens et pas dans l’autre, dans la mesure où le joueur et l’entraîneur marocains sont moins «exportés», a fait savoir ce fin connaisseur du ballon rond.    

Il tient, dans ce sens, à mettre en relief l’intégration d’Ellafi, Ouarfali et Saltou avec la société marocaine, indiquant que ces joueurs «ont réussi leur examen de passage». 

L’ancien journaliste de 2M s’attarde ensuite sur la «mode» du football tunisien, surtout lorsqu’il s’agit de mettre l’expertise de ses entraîneurs au profit des clubs de la région.

L’animateur de «Mars Attack» tient, ainsi, à saluer la qualité de la Ligue I, qui s’est professionnalisée à partir de 1998 et qui continue de considérer le joueur maghrébin ou appartenant à l’UNAF, comme étant un joueur «national».

Amine Birouk conclut en appelant les cellules chargées de recrutement à évaluer la compatibilité du joueur avec l’environnement dans lequel il va vivre et de faire du socio-affectif, l’élément prédominant dans la gestion de ces transferts. En effet, au niveau géographique, social et culturel, il existe une véritable homogénéité entre les pays du Maghreb, une similitude des mœurs et des coutumes et surtout une langue commune… ou presque. Ce facteur a été le plus déterminant dans la carrière sportive de plusieurs stars internationales, qui n’ont jamais réussi à s’adapter avec la langue ou le langage du pays d’accueil.

Un Maghreb complémentaire

 

Ainsi, la complémentarité de ces pays permet de parler d’un Maghreb sociologique, culturel, humain et sportif.

«Que ce soit le climat ou les conditions de vie, les pays du Maghreb possèdent beaucoup de choses en commun», fait savoir le vieux routier de la presse sportive Badreddine Idrissi. Pour le rédacteur en chef du journal spécialisé «Al Mountakhab», le Royaume demeure une terre d’accueil où l’intégration s’effectue d’une manière fluide. 

A en juger par le nombre important de joueurs et d’entraîneurs maghrébins, africains ou même étrangers qui ont choisi de s’y installer après une carrière sportive. S’arrêtant sur le purement sportif, plusieurs joueurs algériens et tunisiens ont évolué dans le championnat marocain et vice-versa, relève M. Idrissi qui occupe également le poste de président de l’Association marocaine de presse sportive (AMPS), précisant que les transferts intra-maghrébins n’ont, à ce jour, pas encore atteint leur acmé. Tout ceci pour autant dire que le football est un jeu, un spectacle et un marché...